Mélissa Laveaux ensorcelle Rio Loco Festival Rio Loco

Mélissa Laveaux./ Photo Romain Staros Staropoli

Source: https://www.ladepeche.fr

 

La chanteuse et guitariste d’origine haïtienne sera samedi à Rio Loco. Elle interprétera des classiques oubliés de son île alors qu’elle était sous occupation américaine, de 1915 à 1934.

Elle n’est jamais venue à Rio Loco et pensait un moment que les concerts étaient donnés sur l’eau. On la rassure (ou on la déçoit) en lui apprenant que l’eau, celle de la Garonne, coule bien, mais juste à côté. Mélissa Laveaux rigole. Rien ne semble lui faire peur, elle qui est une femme de défi, née à Montréal de parents haïtiens puis exilée à son tour à Paris pour vivre pleinement comme musicienne. Cette année est riche pour l’artiste : avant Toulouse, elle chantait à Kinshasa. Après, elle ira à Montréal puis en Italie. Son créole fait aujourd’hui le tour du monde.

Dans votre nouvel album, «Radyo Siwèl», vous explorez un répertoire peu connu…

A la maison, mes parents parlaient beaucoup de l’indépendance d’Haïti, obtenue en 1804, et moins de la dictature, qu’ils avaient fuie, pour ne pas nous faire peur. Par contre, la période de l’occupation américaine était un peu oubliée. Ils avaient pris le contrôle de l’île et semaient la terreur. Ils voulaient s’enrichir comme les Allemands l’avaient fait avec le canal du Panama. Et fouler aux pieds le premier pays à s’être déclaré république noire.

Quelle est la tonalité générale des chansons que vous reprenez ?

J’ai fait des recherches et j’ai pu écouter des enregistrements anciens. Les chansons sont humanistes, parfois un peu tristes. Avec souvent un double ou triple sens permettant d’exprimer un certain mécontentement. Musicalement, j’ai préféré leur donner un tour beaucoup plus positif, léger. Même si, dès l’origine, c’était de la musique de rue, populaire, qui fait danser.

Quelle est la place du vaudou dans ces morceaux ?

Elle est très importante. Le vaudou est revenu en force pendant l’occupation américaine, avec ses divinités, la place accordée à la sexualité. Les Américains en avaient peur. Les Haïtiens en ont fait un instrument de résistance.

Ce disque vous a permis de renouer avec l’île de vos parents…

Je n’y suis allée que deux fois, quand j’avais 12 ans et en 2016, pour faire des recherches pour ce disque. Enfant, j’étais persuadée que les portes seraient fermées à la petite Canadienne que j’étais. En fait, les Haïtiens ont été hyperfaciles d’accès, voulant toujours faciliter ma découverte. Même chose il y a deux ans mais dans un registre professionnel. Cette année sera primordiale, je vais chanter pour la première fois en Haïti. D’un côté, j’ai peur de prendre des regards en pleine gueule. D’un autre, j’apprécie l’accueil de gens prestigieux comme la romancière Yannick Lahens. Elle s’est dite publiquement très intéressée par mon travail. Je l’admire tellement, j’ai halluciné !

Vous avez grandi à Montréal et vous vivez à Paris. Que vous ont appris ces deux villes ?

La culture canadienne m’a appris la peur de froisser les gens, une certaine douceur parfois fausse. En France, c’est tout l’inverse : j’ai appris à ne pas avoir peur de froisser les gens, à tenir tête pour ne pas me faire piétiner.

Mélissa Laveaux en concert à Rio Loco samedi 16 juin à 22 heures, scène Garonne-Sacem. Album « Radyo Siwèl » (No Format).

 

Au programme samedi

18h30 : The Mauskovic Dance Band (Pays-Bas).

20 heures : Sofiane Saidi & Mazalda (Algérie-France).

21h15 : Afro Cuban All Stars (Cuba).

22 heures : Mélissa Laveaux (lire ci-contre).

23 heures : Keny Arcana (France).

Tous ces concerts ont lieu prairie des Filtres, à Toulouse. Tarifs : 7 € et 10 € la journée.


Blues créole, afrobeat et lieu magique

Oublier le ciel lourd et menaçant. Savourer l’ambiance qui va crescendo avec Arat Kilo, miraculeuse rencontre entre le flow tranchant du rappeur de Boston Mike Ladd et la sensualité de la chanteuse malienne Mamani Keita. Autour, les mojitos succèdent aux jus de fruits et les fumets épicés entrent dans la danse. Greg et Mylène, Toulousains depuis trois ans, dégustent un repas exotique. Malins : ils sont venus en famille, mais la baby-sitter prendra bientôt le relais. «C’est un festival qui évolue, relèvent-ils, avec toujours de la bonne musique. On y vient en famille ou avec des potes – on aime

ce mélange-là.» On monte encore en puissance avec Bachar Mar-Khalifé sur la scène Village. Jeanne, 69 ans, vient à Rio Loco «depuis toujours». Elle s’octroie une pause cigarette. «Je vais partout où il y a de la musique, confie-t-elle. Ici, dans ce lieu magnifique, l’atmosphère est superbe. Je viens seule pour faire ce que je veux – mais je finis toujours par rencontrer des amis !» L’afro-beat fiévreux d’Ebo Taylor accueille la nuit, puis c’est au hard-blues de Delgrès d’envoyer son groove implacable. Timothée, Laure et Chiara ne connaissaient pas : ils sont séduits. Ils venaient pour le rock psychédélique d’Altin Gün, ils repartiront tard, très tard, avec des accords de blues créole plein la tête. C’est ça aussi, Rio Loco.

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